Depuis 1960, les promesses d’une intégration africaine ambitieuse et libératrice résonnent dans les discours officiels. Chaque sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine hier, de l’Union Africaine aujourd’hui, et des organisations sous régionales ont été ponctué d’appels vibrants à l’unité, à la solidarité, au développement commun et surtout à une réelle intégration des peuples. Pourtant, plus de soixante ans après ces proclamations, cette intégration africaine demeure une chimère : un projet qui brille dans les communiqués finaux mais s’éteint dans la réalité quotidienne des peuples meurtris et appauvris. Le Burkina Faso, au cœur de l’Afrique de l’Ouest, vit de plein fouet ces contradictions et illustre à quel point il est urgent de passer des mots aux actes.
L’ Afrique est sans doute le continent qui organise le plus de sommets. Chaque rencontre donne naissance à des déclarations enflammées, des plans stratégiques, des chartes et des protocoles qui promettent une Afrique unie et prospère. Mais ces textes s’empilent sans jamais se traduire en politiques effectives. Les frontières restent fermées au commerce fluide, les barrières administratives ralentissent les mobilités, et les peuples africains continuent de vivre dans des nations cloisonnées. L’Union Africaine, censée incarner la volonté collective, s’apparente trop souvent à un club de chefs d’État soucieux de protocole plus que d’action. Elle est restée sur le papier, incapable de transformer les grandes ambitions en résultats concrets. Au mépris des textes d’intégration sous régionaux, certains pays ont pris l’habitude d’expulser des communautés venues d’ailleurs, généralement sous de fallacieux prétextes qui continuent à trainer le continent en arrière.
Le Burkina Faso marque une rupture et passe à l’essentiel
Pays enclavé par le pil?lage occidental, le Burkina Faso a entrepris avec le Mali et le Niger des actions de délivrance d’un continent resté longtemps sous une coupole néocolonialiste, impérialiste dirigée par une France prédatrice. La naissance de l’AES et ses structures de développement a posé les jalons d’une réelle intégration marquée par une libre circulation des personnes et des biens, de la mise en place d’un passeport commun, d’une banque de développement sont des éléments de renforcement de cette intégration. Rompre avec l’ inertie du passé exige une volonté politique claire et courageuse. Le Burkina Faso impulse une nouvelle dynamique en misant sur une intégration continentale moins bureaucratique et plus pragmatique.
L’intégration africaine ne peut plus être un simple slogan répété depuis des décennies dans des sommets et autres. Le Burkina Faso d’Ibrahim TRAORÉ qui suspend les frais de visa pour les ressortissants africains pourrait devenir un acteur moteur d’une intégration africaine authentique et effective. Car les peuples africains ne veulent plus d’une Afrique des sommets et des protocoles : ils appellent une Afrique de l’action, une Afrique de la dignité retrouvée, une Afrique définitivement libre et indépendante.
Éric Moïse NKOUANDOU M.